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Des jouets sons et lumières, des activités éducatives, des adultes qui stimulent toujours plus, voilà la réalité de nombreux bambins. Et si on laissait le bébé effectuer son travail de bébé? Voilà le pari d'Emmi Pikler, une pédiatre hongroise qui, dès 1930, invitait les parents à observer leurs petits beaucoup plus et à les stimuler beaucoup moins.
Le cinéaste Bernard Martino, surtout connu pour son documentaire Le bébé est une personne, est l'un des rares étrangers à avoir pu filmer à l'Institut Pikler de Budapest. L'établissement, surnommé Lóczy en raison de la rue où il est situé, accueille des orphelins et des enfants temporairement retirés de leur famille. Encore aujourd'hui, on y applique les façons de faire de la fondatrice.
La semaine dernière, le cinéaste a présenté des extraits de son film Lóczy, une maison pour grandir au Centre Marcel-Dulude, à Saint-Bruno. Les images étonnent. Dans la pouponnière, le ratio est d'une éducatrice pour huit bébés. Loin du tourbillon incessant que l'on pourrait s'imaginer, l'atmosphère est empreinte de calme et de sérénité. Quelques petits s'amusent tranquillement avec quelques objets dans un endroit aménagé de manière sécuritaire. D'autres jouent dans leur lit pendant qu'un nourrisson dort à poings fermés. L'un des poupons chigne un peu en portant sa main à sa bouche. Il a faim, mais attendra patiemment son tour.
Pour l'instant, toute l'attention de l'éducatrice se concentre sur un seul enfant, pour qui c'est l'heure du bain. Rien ne doit venir perturber ce moment d'exclusivité. «Si on se consacre intensément et exclusivement à l'enfant pendant ses soins, il est assez comblé pour s'occuper de lui par la suite. Il sait que son tour va venir. Il a confiance en sa nurse et sa nurse a confiance en sa compétence à le faire», note M. Martino.
Les gestes empreints d'une grande tendresse de la femme et sa manière de parler continuellement avec le petit n'ont rien à voir avec un quelconque instinct maternel. Il s'agit d'un protocole que toutes les éducatrices appliquent de la même manière. La constance se retrouve au cœur de toutes leurs actions. «Tout ce qu'on ne peut pas garantir que demain sera comme la veille, on ne le donne pas. On donne seulement ce qu'on est sûr de pouvoir donner le lendemain», indique le cinéaste.
L'idée est de donner l'impression à l'enfant que rien ne peut lui arriver. «Le soin est un message non verbal à quelqu'un qui s'exprime sur ce mode-là», mentionne M. Martino.
À travers la caméra de M. Martino, on peut notamment voir une petite fille très concentrée à prendre un bol de métal et à y observer le reflet de sa main. Elle est en train de «faire son travail de bébé». «Ce ne sont pas des activités et des jeux sans significations qu'un adulte peut interrompre parce que dans son imaginaire à lui, il ne se passe rien», fait-il valoir. Il établit un lien direct entre la qualité des soins reçus par l'enfant et la qualité de ses moments de jeux libres.
Par ailleurs, il remarque qu'un enfant va finir par ramper, se déplacer à quatre pattes et marcher, que le parent intervienne ou non. «Le rôle de l'adulte est d'observer où il en est dans son développement et de mettre en place un environnement qui lui permettra de passer à l'étape suivante», croit M. Martino. À bannir donc, l'exerciseur, lorsque le bambin n'est pas prêt à marcher et sauter. Même la position assise quand il n'est pas prêt à s'asseoir. «Les enfants ne sont pas des marionnettes dans les mains d'adultes tout-puissants», plaide-t-il. Son film Le bébé est une personne, rappelle-t-il, visait d'ailleurs à démontrer que le nourrisson n'est pas qu'un «tube digestif» qu'il faut modeler, mais un être de relations qui possède des compétences. L'adulte est un partenaire.
M. Martino convient toutefois que la méthode d'Emmi Pikler ne s’intègre pas facilement dans le quotidien des familles ou des services de garde. «Nos sociétés telles qu'elles sont organisées posent des diktats auxquels on doit se plier et auxquels ceux autour doivent se plier, constate-t-il. Ça implique donc une résistance par rapport à ce que l'on nous impose.»
La soirée de jeudi dernier était à guichet fermé. Le Regroupement des centres de la petite enfance de la Montérégie a donc invité le cinéaste à présenter de nouveau sa conférence au Centre Marcel-Dulude, à Saint-Bruno, le 27 janvier. Le coût est de 15$ pour les membres et de 20$ pour les non-membres. Inscriptions: 450.672.8826, poste 221.