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Imaginez-vous débarquer en Chine, sans préparation. Vous ne comprenez rien de ce qui est dit, ni de ce qui est écrit. On a beau vous expliquer verbalement ou sur un mémo votre chemin ou comment réaliser une tâche, c'est «du chinois». Vous voulez dialoguer avec les autres, être fonctionnel pour vos activités quotidiennes, mais n'y arrivez pas. La situation vous frustre.
Pour vous faire comprendre, vous finissez par utiliser des dessins, des pictogrammes. Vous déchiffrez un mot, puis deux. Au bout de quelques jours, vous arrivez à faire une phrase, mais êtes loin de comprendre les concepts abstraits, l'humour ou le sarcasme. La moindre tâche vous demande le triple des efforts. Cette situation vous rend plus vulnérable.
Voilà, en partie, comment se sentent les personnes dysphasiques. «C'est comme apprendre sa langue maternelle comme langue seconde», compare Lise Bertrand, directrice générale de l'Association québécoise de la dysphasie Montérégie.
Les dysphasiques n'ont pas de déficience intellectuelle, mais ont de la difficulté à dire et à comprendre ce qui est dit. Cela s'explique par un trouble neurologique qui diffère d'un dysphasique à l'autre. Souvent, leur handicap s'accompagne d'autres troubles, comme un manque de motricité fine ou un trouble de lecture.
À l'école, ils peinent à comprendre ce qu'est le passé et le futur, à mettre les termes au pluriel, à lire entre les lignes. Ils mettent plus de temps que les autres enfants à faire leur scolarité.
Steve Chauvette, dysphasique, a connu toutes ces difficultés. Le Montréalais de 26 ans vit aujourd'hui en appartement, travaille comme assistant huissier, gère son budget et est autonome. Il raconte les défis d'avoir été un enfant différent.
«J'ai commencé l'école à 4 ans. J'avais beaucoup de difficulté à m'exprimer et les autres jeunes avaient beaucoup de difficulté à me comprendre», dit celui qui a aussi une paralysie partielle au niveau de la mâchoire.
Celui qui est aussi dyspraxique a fait trois fois sa première année en classe spéciale. À 9 ans, il a été intégré en classe régulière. Il a été suivi par un orthophoniste jusqu'à son arrivée au secondaire, à 15 ans.
Puis, il a été laissé à lui-même. «Mon professeur me mettait dans le fond et ne s'occupait pas de moi», déplore-t-il.
Les moqueries de certains élèves étaient alors son principal problème. «J'étais différent d'eux. Je ne m'exprimais pas aussi bien qu'eux. Ils me traitaient d'ortho», dit celui qui avait des idées suicidaires. Il se faisait souvent tabasser et taxer. «J'ai dû leur donner quelques milliers (de dollars)», confie celui qui travaillait plusieurs heures en plus d'aller à l'école.
À 16 ans, ses deux bourreaux lui ont même lancé un bureau sur la tête. Résultat: il a été hospitalisé pour une double fracture du crâne.
Les choses se sont placées lorsqu'il a continué son secondaire à l'école des adultes. «J'allais à mon rythme et je n'avais pas de misère», note-t-il. Aujourd'hui, il ne lui manque que ses cours d'anglais pour obtenir son diplôme d'études secondaires. «Déjà, le français, ça me demande beaucoup. L'anglais, c'est deux fois plus difficile», confie-t-il.
S'il peut s'exprimer et être fonctionnel aujourd'hui, c'est grâce aux trucs qu'il a développés. «Chaque mot que je vous dis, je dois le voir dans ma tête», explique-t-il à l'auteur de ces lignes. Il a appris à différencier les sons «en» et «un» et ne mélange plus les lettres en écrivant une phrase.
En témoignant, il souhaite démythifier la dysphasie. «Si les autres jeunes avaient compris c'est quoi la dysphasie, ils auraient sûrement été différents avec moi», estime-t-il.
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