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Sylvain Daignault (Hebdos Montérégiens)
Le Soleil de Valleyfield - 1er juillet 2006
Actualité > Faits divers
Invitée par la Table de concertation jeunesse Châteauguay à présenter une conférence intitulée "Une génération full sexuelle", la sexologue Jocelyne Robert a mis en relief les paradoxes de notre société où l'on retrouve le "cul" et la pornographie partout alors que la saine sexualité, le désir et l'érotisme foutent le camp.
Mercredi dernier, devant environ 120 personnes issues d'organismes communautaires et sociaux oeuvrant tantôt auprès des femmes, tantôt auprès des enfants, Jocelyne Robert n'y va pas par quatre chemins pour dénoncer ce qu'elle appelle la "chosification" du fait sexuel depuis une quinzaine d'années. "Le cul, bien plus que le sexe, est omniprésent aujourd'hui dans notre société. Nous vivons dans un univers pornographique."
"Au début du vingtième siècle, c'était l'époque des trois F : fidélité; fatalité; famille. On disait aux jeunes filles que le sexe, c'était quelque chose de sale, de dégueulasse et de garder ça pour l'homme de leur vie ! Puis, avec les années soixante est arrivée la période des trois L : liberté; libération; libertinage. C'était la recherche des plaisirs égalitaires et on s'envoyait en l'air comme des crêpes. Aujourd'hui, nous sommes à l'époque des trois C : cul; corps; cash ! La sexualité n'est donc plus relationnelle et est en perte de sens. Mais nous avons besoin que notre intimité soit basée sur des valeurs. C'est pour ça que beaucoup de jeunes sont mélangés aujourd'hui."
Alors qu'il y a une vingtaine d'années, les jeunes filles âgées entre 9 et 12 ans lui demandaient comment embrasser, les fillettes de ce groupe d'âge s'interrogent aujourd'hui sur la meilleure façon de faire une pipe aux garçons. "Elles se demandent si le sperme peut faire engraisser, si elles peuvent attraper des maladies, etc. Les jeunes ne s'embrassent plus aujourd'hui car pour embrasser quelqu'un, il faut le regarder dans les yeux, l'estimer et avoir du même coup une estime de soi", soutient la sexologue.
Selon elle, qui a écrit plusieurs ouvrages concernant la sexualité chez les jeunes, dont De la révolution sexuelle à la régression érotique, publié en 2005, la sexualité actuelle est basée sur un modèle pédophile. Relatant la fois où un collègue lui a fait regarder un catalogue de vêtements pour enfants sans lui dire de quoi il s'agissait, elle croyait feuilleter les pages d'un magazine "soft" pour pédophiles. "Afin de vendre des nuisettes et des pyjamas, des fillettes de onze et douze ans posaient, tantôt la main dans la culotte, tantôt avec un suçon aux formes phalliques entre les mains ou un nounours entre les jambes. On fait de l'enfant un modèle sexuel pour vendre des vêtements", dénonce la sexologue.
"Et que dire des chanteuses comme Britney Spears qui prônent pratiquement l'abstinence sexuelle en parole mais qui se comportent en véritables salopes dans leur vidéo ?"
Les modèles féminins proposés par la pornographie font également se questionner la sexologue. "Au Sud, les organes génitaux ressemblent à ceux de fillettes. Au Nord, les seins ont la taille de ceux de femmes qui allaitent !"
"Aujourd'hui par courriel, plusieurs jeunes filles m'écrivent pour me dire qu'elles ont tellement hâte d'avoir une relation sexuelle complète, comprendre avec pénétration. Mais cette idée de relation sexuelle "complète" ne fait que donner l'impression que les autres formes de relation sexuelle ne sont pas importantes", souligne Mme Robert. "Aujourd'hui pour une adolescente, faire une pipe à quatre garçons au sous-sol, ce n'est qu'un jeu !"
Malgré que nous soyons littéralement noyés dans une mer de pornographie, la sexologue refuse de baisser les bras et propose aux gens oeuvrant auprès des jeunes une nouvelle approche. "Il faut rivaliser avec ce qui se passe en ce moment. Les fillettes et les adolescentes se projettent en femelles bandantes et se disent aujourd'hui : "il bande donc je suis !" Leur sexualité se limite bien souvent à du remplissage d'orifices et à des collisions génitales. Dans ces conditions, l'estime de soi en prend un coup", souligne la spécialiste. "Il faut intervenir sur ce qui anime la sexualité, parler de plaisir, de quête de l'autre, d'orgasme. En somme, il faut parler aux jeunes de l'importance de l'estime de soi."
Une enquête sociale et de la santé menée en 1998 par l'Institut de la statistique du Québec, a révélé que le premier rapport sexuel avec pénétration survient aujourd'hui à un âge de plus en plus jeune. On y apprend, entre autres, que 58,7 % des 15 à 19 ans ont déjà eu des relations sexuelles et que 14,9 % des 15 à 19 ans affirmait avoir eu des relations avec pénétration avant l'âge de 15 ans.
Intervenante et travailleuse de rue pour la Maison des jeunes de Châteauguay, Véronique Gagnon assistait à la conférence de Jocelyne Robert. "Aujourd'hui, je peux te dire que les fuck friend, c'est assez courant chez les jeunes", indique-t-elle. "Et plusieurs jeunes filles pratiquent la sodomie pour conserver leur virginité."
Marie, une adolescente de 15 ans qui habite Mercier, confirme les dires de la sexologue et de l'intervenante concernant la banalisation du sexe et des relations précoces. "En effet, avec toutes les choses que j'entends, je crois qu'il y en a beaucoup. À l'école c'est fou le nombre de personnes qui sont de ce genre. Même plein de gens que je connais", laisse tomber l'adolescente.
Lucie, 16 ans, de Châteauguay, admet volontiers être assez ouverte sexuellement et se demande pourquoi les adultes en font tout un plat. "C'est quoi le drame de faire une pipe à un ou deux gars si tout le monde y trouve son compte ?" questionne la jeune femme qui se dit libre de ses agissements. "Nos parents faisaient la même chose à notre âge mais n'en parlaient pas, c'est tout", avance-t-elle.
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