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Les enfants submergés par la violence à la télévision ont le lobe frontal sous-développé. (Photo - Erik Dungan)

Les enfants, rois de la télé et de la violence

Véronique Asselin

Le Reflet - 24 février 2007

Actualité > Faits divers

DELSON - Les cours d'école sont de plus en plus le théâtre de la violence verbale et physique entre jeunes. Entre 1985 et 2000, le nombre d'enfants du primaire éprouvant de graves troubles de comportement a d'ailleurs augmenté de 300 %.

Jacques Brodeur, consultant en prévention de la violence, milite pour la culture de la paix depuis plusieurs années. Il était de passage à Saint-Constant, le 13 février, dans le cadre d'une conférence de l'organisme Santé Famille afin de fournir des outils aux parents.

Selon lui, trois facteurs expliquent l'augmentation de la violence chez les enfants, soit la fragilité de la structure familiale (souvent reconstituée) qui engendre de l'anxiété chez l'enfant, l'encadrement parental déficient qui crée de l'angoisse et l'exposition massive à des divertissements violents.

"Il y a des enfants qui vivent dans des familles parfaites où il n'y a pas de chicane ni de divorce, mais qui sont influencés par les autres, expose-t-il. En compagnie de leurs amis, ils sont plus favorables à trouver un acte violent drôle qu'à défendre la victime. De plus, les enfants qui font mal aux autres on une très haute estime d'eux-mêmes."

Omniprésence de la violence

Il affirme que le nombre d'actes violents a augmenté de 432 % dans les films et les émissions présentées par les diffuseurs privés entre 1994 et 2003.

"La dose est tellement grande qu'elle crée des dommages aux enfants. Ils passent en moyenne 25 heures par semaine à regarder la télé alors qu'un parent parle avec eux environ 38 minutes hebdomadairement, soutient-il. Lequel des deux, pensez-vous, leur transmet ses valeurs? Il y a un déséquilibre en faveur de la télé."

Selon lui, ce média alimente la violence auprès des jeunes téléspectateurs dont le lobe frontal, siège de la morale, est moins utilisé. Trois de leurs capacités sont sous-développées, soit celles d'exprimer leurs émotions, leur sens critique et de manifester de l'empathie pour autrui.

La télévision réussit à induire les jeunes en erreur. Ils ne font pas la distinction entre la fiction et la réalité, expose le pédagogue. "Ils peuvent voir une personne se faire poignarder dix fois sans que le sang ne coule", expose-t-il.

Malgré une baisse de la criminalité générale, les crimes violents augmentent au Canada, surtout chez les jeunes. Mais la violence prend aussi des formes plus banales et de plus en plus fréquentes au quotidien : rejet, humour cruel, harcèlement, brimade, intimidation et intolérance.

Les victimes sont souvent les autres élèves, mais aussi les enseignants qui finissent par ne plus avoir envie de se rendre à l'école ou même parfois de vivre. Les chauffeurs d'autobus ne sont pas non plus en reste puisqu'ils figurent parmi les cibles de choix de leurs petits passagers.

D'après M. Brodeur, c'est en maternelle et en première année du primaire qu'on retrouve le plus d'enfants avec des problèmes de comportement. "Un nouveau sport est apparu depuis quelques années : les petites filles pratiquent le bitchage en groupe", déplore le conférencier.

Il pointe aussi du doigt le clavardage qui est un important véhicule de rumeurs dont les enseignants font souvent les frais. "Tout ça fait que l'enfant gagne du pouvoir", ajoute-t-il.

Développer le sens critique

Ex-enseignant en d'éducation physique, M. Brodeur a visité près de 50 écoles au Québec et en Ontario afin d'y présenter le programme de prévention de la violence d'Édupax, organisme dont il est le fondateur.

Il rencontre le personnel, les parents et les élèves afin de leur apprendre à développer leur sens critique face au contenu télévisuel.

Il leur propose entre autres de relever le Défi de la dizaine sans télé ni jeu vidéo, du 24 avril au 3 mai. Les écoles intéressées travaillent de concert avec les parents afin de préparer les jeunes trois mois à l'avance. Ces derniers doivent cependant être consentants.

Au cours d'ateliers, ils doivent identifier les émissions de télévision et les films qui contiennent trois "bactéries" : la violence physique, verbale et la peur.

South Park et Les Simpson ressortent du lot pour la télévision avec les films de Jack Ass et Jackie Chan. Beaucoup de jeunes ont avoué avoir imité des cascades tirées de ceux-ci.

Résultats probants

Le principal impact de la fermeture de la télévision est l'augmentation de la conversation avec les parents et du temps consacré à l'activité physique. Les disputes entre frères et sœurs diminuent puisqu'ils collaborent entre eux afin de meubler leurs temps libres. Les jeunes sont aussi de meilleure humeur. Pendant ces dix jours, ils troquent la télé pour la bicyclette et la lecture en solo ou les jeux de société en groupe.

"Les résultats sont encourageants", atteste M. Brodeur. Jusqu'à maintenant, trois écoles secondaires ont relevé le défi. Pour information : www.edupax.org.


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