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Jean-Pierre Charbonneau
L'Œil Régional - 8 décembre 2007
Opinions > Lettres des lecteurs
Dans l’édition de samedi dernier de L’Œil Régional on pouvait lire à la page 5 deux textes portant sur la violence conjugale faisant état de points de vue opposés de la part de groupes venant en aide aux hommes en détresse psychologique. D’abord le réseau québécois À Cœur d’hommes qui regroupe 25 organismes de soutien dont L’Entraide pour hommes de la Vallée-du-Richelieu, a lancé une première campagne publique de sensibilisation pour inciter les hommes à demander de l’aide avant que leurs frustrations et leurs colères envers leurs conjointes ne dégénèrent en violence physique et en drames irréparables.
«Je fais un homme de moi… je demande de l’aide». Voilà un message fort important, car il est vrai que les hommes sont pas mal moins portés que les femmes à demander de l’aide quand ils sont aux prises avec de la détresse psychologique. Le taux de suicide plus élevé chez les hommes autant que les statistiques de meurtres d’épouses ou d’ex-épouses causés par des hommes enragés sont là pour le prouver.
Incidemment, dans le livre autobiographique que je viens de publier aux Éditions Fides, je révèle que pour gérer le tourbillon émotionnel qui m’a envahi à mon retour d’Afrique à la suite d’une seconde rupture conjugale, j’ai choisi d’emprunter le chemin le moins fréquenté de la psychothérapie. Non seulement cela m’a permis de me calmer et de passer «correctement» au travers de cette douloureuse crise, mais cela m’a ouvert la voie vers une véritable démarche de libération personnelle progressive par laquelle j’ai entrepris de me connaître profondément et d’apprivoiser mes démons intérieurs, la partie sombre de mon être, celle qui, comme tout le monde, m’habite et me fait adopter - généralement inconsciemment - des comportements toxiques à l’endroit des autres autant qu’à mon endroit.
Demander de l’aide quand on est submergé par la douleur psychologique et la rage, ce n’est pas un signe de faiblesse. Au contraire, c’est un signe de courage et d’intelligence, car c’est ce que cela nécessite pour faire face à sa détresse envahissante, pour la reconnaître et pour choisir de la surmonter sans tout détruire.
Mais attention! Lancer ce message en utilisant des statistiques qui laissent croire que seuls les hommes sont violents dans les chicanes de couple, ce n’est pas ce qui doit être fait. L’organisme L’Après-rupture, qui vient en aide aux pères en situation de rupture familiale, a raison de dire que les femmes sont aussi violentes que les hommes. Certes leurs coups sont en général moins durs et meurtriers (et aussi moins signalés aux policiers) mais leurs nombres sont aussi nombreux, selon une centaine d’études scientifiques répertoriés par le psychologue québécois Yvon Dallaire.
Pour ce spécialiste internationalement reconnu, auteur de nombreux articles et ouvrages dont un livre intitulé La violence faite aux hommes, toute violence conjugale (ou presque) est la conséquence d’une dynamique interactive dans laquelle l’homme et la femme sont coresponsables de la dégradation du climat, chacun selon la «programmation» bio-instinctives. On doit savoir que dans une situation conflictuelle, les hommes et les femmes ne réagissent pas de la même manière. Quand on ne sait pas cela ou qu’on l’oublie dans le feu de la confrontation, on risque de se retrouver avec des chicanes passablement intenses où les attaques mutuelles peuvent ne pas être que verbales.
Cela dit, les militants d’Après-rupture doivent reconnaître à leur tour qu’il y a plus d’hommes que de femmes qui commettent l’irréparable lorsqu’ils sont en proie à la rage spontanée ou à la rancune incontrôlable. Néanmoins, comme le dit le psychologue Yvon Dallaire qui cite lui-même une femme, Sophie Torrent, «Chacun est responsable de ne pas émettre de violence et de ne pas accepter que de la violence soit émise à son endroit».
À tous ceux et celles qui pensent que cette réflexion ne les concerne pas, un petit conseil d’ami : attention aussi à la violence silencieuse que l’on s’inflige à soi-même et aux autres en refusant de se voir tel que l’on est vraiment et en choisissant de fuir son côté sombre plutôt que d’y faire face.
Autre conseil à tous les couples : lisez le dernier bouquin d’Yvon Dallaire, Qui sont ces couples heureux? – Surmonter les crises et les conflits du couple. Un livre incontournable écrit en collaboration avec Catherine Solano, médecin-sexologue, et préfacé par le célèbre Jacques Salomé.
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