9 février 2010
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L'expérience a été enrichissante pour tous.
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Une photo prise à 5550 mètres d'altitude.
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Les randonneurs ont dû traverser deux rivières.
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À plusieurs endroits, le groupe a franchi des penitentes, des masses de neige drôlement formées par le vent et le froid.
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La température était clémente durant la journée, surtout au premier campement.

Le plus haut sommet d'Amérique leur résiste

Hélène Gingras

Le Reflet - 4 février 2006

Sports > Actualité sportive

LA PRAIRIE - Ils n'ont pas réussi à se rendre sur la cime du plus au sommet d'Amérique, mais ils sont allés au bout d'eux-mêmes. C'est tout ce qui compte.

"Même si c'était le but de notre voyage, atteindre le sommet était facultatif. C'est un peu comme la cerise sur le sundae", confie Patrick Paradis, de retour d'un périple en Argentine avec sept autres personnes de la région.

Parti pour l'Amérique du Sud deux jours après Noël, le groupe de passionnés de randonnées en montagne tentait un exploit d'aucune commune mesure : grimper à 6962 mètres en altitude sur le mont Aconcagua.

Leurs chances de réussite étaient d'un peu moins de 50 %. Les pointes de vent à 160 km/h et les malaises de certains membres de l'équipe les ont forcés à renoncer.

Ils ont regagné la terre ferme au bout de 15 jours de marche en montagne avec la fierté de s'être accomplis. Ils ont ensuite célébré leur expédition avec du bon vin argentin pendant quelques jours avant de rentrer au Québec.

"Notre préparation était ultraraffinée. Nous avons connu des pépins durant l'aventure, mais nous étions bien préparés de sorte que ça n'a pas dégénéré", affirme M. Paradis, qui agissait un peu comme le guide du groupe.

"Ça valait la peine. Autant la préparation (qui a duré deux ans) que l'expédition elle-même", ajoute le Laprairien Pierre Van Acker. À ses côtés, Jean Desbiens et Anne Miville-Deschênes acquiescent en hochant la tête.

Le parcours n'était pas très technique, se comparant à "de la marche en altitude" à une vitesse de tortue. À cause de l'air raréfié, ils avaient le souffle court. Le simple fait de mettre un pied devant l'autre prenait plus d'une seconde chaque fois. Et ils devaient faire gaffe pour ne pas se brûler. Un pas, une respiration, telle était leur lot quotidien pendant sept heures chaque jour.

"Ça devient difficile d'avancer. On devient fatigué seulement à marcher lentement", explique Mme Miville-Deschênes.

Les obstacles physiques étaient formés du vent, de deux rivières à traverser et de nombreux champs de penitentes, des pics de neige formés à partir du sol. Hauts de plusieurs pieds, les alpinistes devaient les contourner comme s'ils franchissaient un labyrinthe.

Le mal des montagnes

Plusieurs membres ont souffert du mal aigu des montagnes, leur principal adversaire à la conquête du sommet.

"Quand je suis monté au camp (numéro) un, j'ai souffert de tels maux de tête que je voulais me l'arracher", confie M. Van Acker, qui a songé à renoncer à l'aventure si la douleur avait persisté.

Pour sa part, M. Desbiens a souffert de somnolence. "Je fermais les yeux un instant et j'avais l'impression de dormir pendant 15 minutes sans le repos qui va avec", se souvient-il.

Mme Miville-Deschênes a été prise de vomissements, en plus de voir ses pieds enfler d'une façon impressionnante. Un autre membre de l'expédition a vu son visage doubler en proportion. Un médecin au camp de base de la montagne a su le rassurer.

À une occasion, M. Desbiens a dû attendre une journée avant de reprendre sa randonnée parce que son taux d'oxygène dans le sang était trop faible.

Peu avant le camp numéro deux, le dernier arrêt avant la conquête du sommet, le plus jeune et fringant a souffert d'ataxie et d'étourdissements, ce qui a obligé les troupes à rebrousser chemin. De plus, les vents forts les auraient empêchés de réussir leur mission.

La meilleure condition physique n'était pas une garantie de santé. "On ignorait comment on allait réagir dans ces circonstances", rapporte M. Desbiens. De plus, les malaises arrivaient sans avertissement.

"La sagesse était de savoir où s'arrêter pour avoir la force de revenir", ajoute M. Van Acker.

Pendant la période où ils se trouvaient sur le mont Aconcagua, un Espagnol de 30 ans a fait une crise cardiaque fatale en tentant l'ascension. "On l'a su à notre retour seulement. Ça aurait peut-être refroidi nos ardeurs", admet M. Paradis.

Le groupe a par ailleurs été témoin du sauvetage par hélicoptère d'un Canadien mal en point vers la fin de son périple.

Sur ses traces...

Le principe d'ascension d'une montagne prévoit des sorties graduelles vers la cime, suivies de descentes pour dormir. Les alpinistes ont donc constamment fait des allers-retours pour amener du matériel, dont la nourriture, du camp de base et aux deux camps supérieurs par la suite.

"On regardait parfois ceux qui descendaient. Ils étaient brûlés. On se demandait bien où on s'en allait!", confie la seule femme du groupe.

Malgré tout, aucun ne regrette l'aventure, même si elle n'a pas toujours été rose. "Ce n'est pas tant la fatigue physique qui nous a pesés, mais surtout la fatigue mentale de monter et redescendre constamment", explique M. Van Acker, qui a particulièrement souffert du manque de verdure. Après la première demi-heure d'ascension, il n'y avait plus d'arbre à l'horizon, seulement une petite végétation "et de la roche, toujours de la roche".

Dans ces conditions, les soins corporels ont vite été réduits à l'essentiel. "On se lavait avec des wet ones", déclare M. Paradis.

Il n'y avait plus aucune intimité qui tenait. "Nous avons retrouvé l'instinct primaire. On n'avait pas de pudeur. On faisait nos besoins sur le bord du chemin", confie M. Van Acker.

Déjà bien présente, la chimie du groupe s'est soudée davantage. Chacun a tiré sa leçon personnelle de cette expérience. "Je n'ai pas besoin d'aller aussi haut pour avoir du plaisir, mentionne M. Desbiens. Je redécouvre dans la montagne un milieu où je suis bien, où je peux faire le vide."


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Dans l'actualité - 5 février 2010

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