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Reconnue pour sa piété exceptionnelle, Kateri, qui a été béatifiée par le pape Jean Paul II en 1980, suscite toujours la ferveur de milliers de catholiques en tant que patronne de l'environnement.
Une statue a d'ailleurs été érigée en son honneur à Fonda, dans l'état de New York, et une communauté de sœurs clarisses amérindiennes lui voue un culte en Californie.
Mais, la présence de son tombeau à Sainte-Catherine, qui reçoit pourtant la visite de pèlerins étrangers, est méconnue des résidants du coin.
Née en 1656 à Ossernenon, dans l'état de New York, celle qu'on surnomme le Lys des Agniers a passé sa jeunesse dans le village mohawk de Kahnawake, après que sa tribu y ait déménagé. C'est là qu'elle est décédée vers 23-24 ans.
Atteinte de la vérole depuis l'enfance, sa santé était affaibli par les jeûnes, les flagellations, et les expositions intentionnelles au feu et au froid qu'elle s'affligeait dans la quête de son élévation spirituelle.
La rencontre de la "vierge iroquoise" avec les jésuites a marqué la vie de cette dernière de par son contact et sa conversion avec la religion catholique.
Deux d'entre eux, Pierre Chonelec et Claude de la Chauchetière, ont été particulièrement fascinés par Tekakwitha au point d'écrire sa biographie.
Ces récits, riches en détails sur le mode de vie autochtone à cette époque de la colonisation marquée par les guerres coloniales, les maladies, les bouleversements économiques et les changements religieux ont constitué l'objet d'étude de l'historien torontois Allan Greer.
Un de ses objectifs était de constater les impacts de ces évènements sur un individu, qui plus est, une femme et de surcroît Amérindienne, sujet sur lequel on possède habituellement peu de documentation.
Résultat de ses recherches, le livre Catherine Tekakwitha et les jésuites, a d'abord été publié en anglais en 2005, et sa traduction est ensuite parue chez Boréal en avril dernier.
Dressant le portrait de Kateri et, principalement, du jésuite Claude de la Chauchetière, le bouquin est une véritable mine d'information pour quiconque s'intéresse un tant soit peu à l'histoire de la culture autochtone, du pays et de la région.
Greer y effectue des aller-retour intéressants entre les perceptions que Chauchetière a de la sainte patronne des Amérindiens et les us et coutumes de la nation iroquoise à laquelle elle appartient.
Ce dernier, dont l'ouvrage visait à faire reconnaître la sainteté de Catherine, considérée par le clergé comme une simple "pieuse sauvagesse", tente par tous les moyens de lui conférer un certain mysticisme.
Si Chonelec la considère comme la plus fervente de toutes et mentionne qu'une lumière mystérieuse l'entourait lorsqu'elle se flagellait, Chauchetière insiste sur son calme tranquille dans la douleur et devant la mort, sa timidité et sa pudeur qui expliquaient, selon lui, son désintérêt envers les rites païens. Sa recherche d'élévation spirituelle, amènera d'ailleurs la jeune femme à refuser de se marier, ce qui lui vaudra le surnom de vierge iroquoise.
Les deux biographes racontent qu'au moment de sa mort, le visage vérolé de Kateri s'est métamorphosé au point de devenir beau. Chauchetière affirme pour sa part que la trépassée est apparue à deux de ses proches afin de leur faire ses adieux. Il atteste de plus avoir eu la chance de la voir à plusieurs reprises.
En plus de s'attarder à l'époque tumultueuse à laquelle vivait Tekakwitha, Greer explique comment sa légende s'est répandue à travers l'Amérique du Nord et à travers le monde.
Il relate ainsi comment l'Église américaine a récupéré le personnage de l'iroquoise à la fin du XIXe afin de redorer son blason, malmené par les préjugés de la majorité protestante envers les immigrants catholiques.
Pour le clergé, la pieuse jeune femme est "la candidate idéale : une Amérindienne innocente appartenant au lointain passé colonial, l'incarnation de la nature et du territoire et l'antithèse de l'immigration, de la crasse des villes et des conflits sociaux", note l'auteur.
Une campagne sera ensuite entreprise par l'Église catholique canadienne-française en réaction à l'appropriation de l'histoire de la jeune femme par les Américains qui l'appellent "notre Catherine". Des campagnes seront menées parallèlement au Québec et aux État-Unis afin d'obtenir sa canonisation.
Le procès en béatification de Kateri est ouvert en 1932, mais ce n'est qu'en 1980 qu'elle sera béatifiée par le pape Jean-Paul II, qui estime que ses nombreux miracles non vérifiés correspondent à un miracle certifié.
Enfin le livre The Life and Times of Kateri Tekakwitha de l'Américaine Nancy Walworth, racontant la vie romancée de l'Amérindienne qui poursuit la quête de son autonomie à travers la spiritualité, contribuera à la faire connaître à travers le monde.
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