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Patrick Turgeon (Hebdos Montérégiens)
Le Soleil de Valleyfield - 1er juillet 2006
Actualité > Faits divers
La discipline, un jeu d'enfants.
C'est le thème d'une conférence prononcée par Brigitte Racine, une infirmière et thérapeute en relation d'aide, spécialisée dans la discipline positive auprès des enfants. C'est aussi le rêve de plusieurs parents qui ne parviennent pas à obtenir la discipline voulue chez leurs enfants.
Pratiquer une discipline positive auprès des enfants, c'est facile, dit-elle. Il suffit d'adopter des méthodes simples, efficaces et éprouvées par des milliers d'adultes. Et surtout, de faire chaque action en respect avec les règles prescrites et les besoins réels de l'enfant.
"La discipline, c'est apprendre à l'enfant à être fier de lui. Il n'y a pas qu'une seule façon d'atteindre cet objectif. Il suffit de choisir celle qui convient à chacun", a précisé Mme Racine.
"Lorsque l'enfant fait des crises ou insulte ses parents ou ses amis, c'est parce qu'il manque d'estime de soi. Ces dernières décennies, nous sommes passés de la discipline rigide et autoritaire à la discipline permissive. Des disciplines à l'opposé. Il faut ramener le tout au centre, opter pour une discipline incitative où l'on tiendra compte des besoins de l'enfant et du parent. Tout cela exige une période d'ajustement, mais les moyens pour y arriver sont connus et utilisés par des milliers d'adultes. Il faut changer la donne, car on se retrouve avec des enfants rois, des parents dépassés et démunis", a-t-elle précisé.
À cet effet, Mme Racine convient que trop de parents sont permissifs avec leurs enfants, car ils souhaitent leur donner ce qu'ils n'ont pas eu lors de leur enfance.
"Le problème majeur chez plusieurs des enfants de notre société, c'est le manque de respect. Plusieurs enfants blessent avec des mots, d'autres n'écoutent pas les consignes, passent à côté des demandes, refusent de collaborer, s'obstinent plusieurs fois par jour et vont même jusqu'à ne pas respecter le bien d'autrui. Lorsqu'on ne fait pas attention aux gens, ça mène l'enfant à l'indiscipline. Et pourtant, la discipline est la base de l'estime de soi", a-t-elle mentionné, tout en avouant que trop souvent, le parent dit non, puis oui, quelques instants plus tard pour éviter d'intervenir auprès de l'enfant.
Pour maintenir une discipline incitative, le parent doit donner le goût de collaborer aux enfants tout en les responsabilisant plutôt qu'essayer de les contrôler. Pour se faire, il doit passer du temps avec son enfant chaque jour de façon à lui apprendre à faire des choses qui le rendront fiers.
"Avant toute chose, l'enfant doit se sentir aimé. C'est le rôle du parent de l'encadrer, le sécuriser dans son développement. Le parent doit mettre des règles et les faire connaître de tous. La réparation et les conséquences sont les deux moyens qui bâtissent l'estime de soi. Trop de parents parlent beaucoup, mais n'agissent pas alors que certains agissent sur le coup de la colère. Il faut plutôt trouver des conséquences adaptées et des réparations qui sauront faire réfléchir l'enfant".
Pour recevoir des enfants, les parents doivent toutefois trouver des façons de leur donner. Pour ce faire, Mme Racine utilise l'image du retrait et du dépôt pour imager une bonne relation entre le parent et l'enfant.
"Le parent demande à l'enfant des efforts pour atteindre une discipline respectable. Il doit donc faire des retraits. De temps à autre, il devra toutefois passer du temps pour valoriser les gestes de son enfant. Il fera alors des dépôts. Ceux-ci sont nécessaires pour mettre du positif dans la relation parent-enfant. Quant le parent change sa façon d'agir avec l'enfant, celui-ci changera inévitablement. C'est pourquoi un parent qui a laissé son enfant agir à sa guise pendant les premières années de sa vie peut espérer modifier les façons de faire à la maison. Il lui faudra faire des dépôts importants pour atteindre les résultats voulus, mais il peut y parvenir".
Dans cette optique, la fessée, la punition et les conséquences démesurées sont à éviter, selon Mme Racine, car elles ne parviennent pas à responsabiliser l'enfant face à leur geste posé. Selon elle, 90 % des comportements désagréables des enfants sont réalisés pour attirer l'attention des parents.
"La discipline d'un enfant, ça commence à la maison, car le parent est son modèle. En évitant la confrontation directe, le parent forcera l'enfant à réfléchir plutôt qu'il ait le sentiment de méchanceté l'envahir. Comme parent, nous ne voulons pas faire mal à notre enfant, mais plutôt le rendre responsable. La réparation lui permettra ainsi de s'arrêter, de réfléchir et de se responsabiliser. En quelque sorte, on leur remet du contrôle sur leur vie", de poursuivre la thérapeute.
Par exemple, un enfant qui blesse avec des mots doit réparer sa faute avec des mots. Et l'autre qui confronte son père sur l'heure du coucher doit rattraper son temps perdu le lendemain soir.
"Les enfants aiment se sentir aimés et encadrés. Le parent doit ainsi éviter de répéter, menacer ou crier. Lorsqu'on répète, on apprend à l'enfant à ne pas écouter du premier coup. À l'école, celui-ci passera à côté des consignes et des demandes qui lui sont adressées. Quant à la menace et au cri, ils sont des gestes de colère. La punition répétitive détruit l'estime de soi et la confiance en soi. L'indifférence entraîne aussi des répercussions négatives chez l'enfant. Chaque fois que l'on pose un geste, on doit se questionner à savoir si celui-ci est dangereux et s'il y aura un impact sur sa vie dans 20 ans? Si le parent peut répondre Oui aux deux questions, il doit intervenir".
Cette discipline ne doit pas être établie seulement lorsque l'enfant fait son entrée à l'école, mais dès l'âge d'un an et demi, admet Mme Racine.
"Il faut leur apprendre à tolérer les frustrations et à ne pas toujours obtenir ce qu'ils désirent. Les enfants qui font des crises savent qu'ils ont quelque chose à gagner. Il faut aussi leur apprendre à agir dès la première demande du parent. Celui-ci doit aussi trouver des moyens pour agir lors de crises, d'agressivité et de violence, de donner du pouvoir à l'enfant en lui offrant des choix et à associer le plaisir à ses demandes. Il faut établir une routine où l'enfant aura à respecter ses choix et les règles dictées par le parent. On lui apprendra alors à être fier de sa personne, à se responsabiliser sans pour autant manquer de respect", conclut-elle.
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