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La préfète de la MRC de Roussillon, Jocelyne Bates, a réitéré l'urgence de terminer les travaux de l'autoroute 30 au sud. (Photo d'archives)

La 30 au sud : pour en finir avec les épouvantails

Normand Laberge

Le Reflet - 24 novembre 2007

Actualité > Faits divers

DELSON - "Ceux qui reviennent hanter la population avec leurs épouvantails ne tiennent pas compte des innombrables débats qui ont eu cours sur le dossier de l'autoroute 30. Après 35 ans, il me semble que tout a été dit. Là, ça suffit!"

C'est en ces termes que la préfète de la MRC de Roussillon, Jocelyne Bates, a répliqué au Comité de citoyens 30/132-tracé nord qui a lancé une nouvelle offensive la semaine dernière demandant au gouvernement Charest de revoir sa position de réaliser l'autoroute 30 au sud. Le comité est appuyé par plusieurs groupes syndicaux et environnementaux ainsi que par le Parti québécois et l'Action démocratique du Québec.

Mme Bates se fait ainsi la porte-parole de la MRC de Roussillon, du Centre local de développement (CLD) de Roussillon, de la Chambres de commerce Royal Roussillon et Châteauguay ainsi que de l'ensemble des 40 maires de la Montérégie qui sont tous en faveur du parachèvement de l'autoroute 30 dans les terres agricoles.

Quelques jours plus tôt, le ministre du Revenu et leader parlementaire au gouvernement, Jean-Marc Fournier, avait tenu sensiblement les mêmes propos allant même jusqu'à dire que les tentatives du Parti québécois et de l'Action démocratique du Québec de revoir le tracé étaient vouées à l'échec compte tenu de l'avancement des travaux au sud.

Mme Bates a insisté sur le fait que l'attente a assez duré et que les citoyens de la région méritent que les décisions prises se concrétisent enfin.

Elle a également rappelé les recommandations du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) qui a affirmé en 2002 "qu'il était préférable de construire le tronçon autoroutier au sud de Saint-Constant plutôt que de transformer la route 132 en autoroute". L'organisme privilégie plutôt la transformation de cette route en boulevard urbain.

Selon la mairesse de Sainte-Catherine, les raisons invoquées par le BAPE sont nombreuses; le tracé sud sera plus pratique et plus sécuritaire; le risque d'inondation sera atténué et il sera meilleur pour le commerce. La pollution sera atténuée et il y aura beaucoup moins d'impacts pour les citoyens.

Ce qui fait dire à la directrice du Centre local de développement (CLD) de Roussillon, Ginette Laurencelle, que "si l'on veut invoquer le BAPE, il faut nécessairement tenir compte de ses recommandations, a-t-elle précisé. Et dans ce cas, la recommandation est très claire : la 30 au sud."

Désinformation

Mme Bates a par ailleurs tourné au ridicule les affirmations du comité qui prétend que plus de 71 % des électeurs de La Prairie ont voté pour les candidats favorisant la construction de l'autoroute 30 sur la route 132. Pourtant, lors des dernières élections, le chef du Parti québécois de l'époque, André Boisclair, avait déclaré que ce dossier était clos, se résignant ainsi au tracé sud. Pendant ce temps, le candidat du Parti québécois, Michel Pinard, prêchait lui aussi pour le tracé dans les terres agricoles allant à l'encontre de son collègue de La Prairie, François Rebello.

"Considérant qu'une bonne partie de Sainte-Catherine est dans la circonscription de Châteauguay, que les candidats et même le chef n'étaient pas d'accord, on pourrait aussi bien dire que les votes du PQ étaient pour le tracé sud, a-t-elle martelé. C'est tout à fait dérisoire de vouloir récupérer les résultats électoraux et de les interpréter sans la moindre crédibilité."

De son côté, le parti de Mario Dumont clamait haut et fort, via sa députée Monique Roy-Verville dans une entrevue accordée au Reflet, que s'il était vrai que 20 à 30 M $ étaient déjà engagés pour mettre le projet d'autoroute 30 au sud, elle ne s'y objecterait pas.

"Il faut absolument cesser de jouer avec la construction de la 30 et de s'en servir comme enjeu électoral, a noté Mme Bates. Nous n'en sommes plus là!"

Selon la préfète, les travaux de la 30 au sud sont bel et bien amorcés. Les bulldozers sont à l'œuvre. Jusqu'ici, 45 M $ ont été investis et le pont d'étagement de la bretelle H (futur échangeur 15/30) est maintenant complété. Le coût total du tracé sud est actuellement évalué à 305 M $ par le ministère des Transports du Québec.

Quant au Comité de citoyens 30/132-tracé nord qui avancent qu'il en coûterait moins cher avec le tracé nord, Mme Bates répond que c'est complètement faux. De fait, l'avant-projet du tracé nord effectué par le MTQ en 2003 était également de 300 M $, et ce, sans les sommes consenties pour les expropriations. En tenant compte des évaluations du ministère pour la précision de cet avant-projet, il en coûterait plus de 400 M $ en 2003.

Cet avis est partagé par le président de la Chambre de commerce Royal Roussillon, Christian Ouellette, qui va plus loin en affirmant que prétendre à un scandale financier n'a tout simplement aucun sens.

"Les opposants à l'autoroute actuelle disent ne pas comprendre comment un tracé un peu plus long puisse coûter plus cher, a-t-il précisé. Sur ce point, je suis d'accord avec eux. Ils ne comprennent pas. Une autoroute en tranchée, c'est beaucoup plus coûteux et problématique qu'une autoroute de surface. Surtout pour les commerces et les résidants de la route 132."

Il ajoute que, puisque le tracé nord n'est qu'un avant-projet préliminaire, il y a tout lieu de penser qu'il devra être revu compte tenu des relocalisations et des déplacements d'utilités publiques à prévoir.

Enfin, Mme Bates a tenu à remettre les pendules à l'heure lorsque le Comité de citoyens 30/132-tracé nord prétend que le tracé sud détruirait pas moins de 550 hectares de terres agricoles. La réalité, selon elle, c'est que l'emprise de la 30 au sud, incluant le tracé Jean-Leman, n'utilisera concrètement que 121 hectares, dont seulement 92 sont actuellement cultivés.

Pour ce qui est des expropriations, tous les décrets ont été obtenus, 46 % sont réglées et le reste sera complété en 2008. Les discussions vont par ailleurs bon train avec les compagnies Goodfellow et Lafarge. Cette dernière permet déjà l'accès à une partie de sa propriété pour ne pas retarder les travaux.


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