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Pour compter les chouettes et les hiboux du Parc national du Mont-Saint-Bruno, les gardes-parcs se font passer pour des mâles de leur espèce. En imitant leurs hululements ou au moyen d'un enregistrement qu'ils font jouer, ils vont les déranger la nuit dans les bois au cœur de leurs territoires.
Ensuite, ils attendent la réponse des oiseaux, généralement des cris d'alarme face à la menace que représente la présence simulée d'un de leur semblable aux abords du nid. C'est le moyen le plus utilisé pour découvrir où ces oiseaux nocturnes nichent et éventuellement les apercevoir, ce qui est assez rare. Surtout dans le cas du petit-duc maculé, un des plus petits hiboux du Québec. En plus de la présence de ce hibou sur le mont Saint-Bruno, on s'attend également à détecter la présence de trois ou quatre couples de chouettes rayées.
Ces deux espèces émettent des sons très différents.
"Chaque espèce a son propre répertoire, le son que fait le petit-duc maculé ressemble à un hennissement de cheval, tandis que la chouette rayée a un cri plus puissant. On a même parfois l'impression que l'oiseau peut rire", raconte Pierre Wery, garde patrouilleur du parc et grand complice des chouettes rayées, dont il imite le cri parfaitement.
"Ce sont des oiseaux très territoriaux. On va aller les déranger et ils vont nous répondre pour défendre leur territoire", explique-t-il au groupe qui s'apprête à l'accompagner sur le terrain.
C'est la première fois que des visiteurs sont invités de nuit à accompagner les gardes-parcs à la recherche des hiboux et des chouettes qui nichent sur le mont Saint-Bruno.
Trois soirs consécutifs (les 4, 5 et 6 mai dernier), un groupe de 20 à 30 personnes a suivi en silence deux gardes-parcs qui procèdent comme chaque année à l'inventaire des chouettes et hiboux du parc. Les gardes connaissent les secteurs "à potentiel", par exemple ceux où des oiseaux ont déjà niché l'an dernier. Il s'agit alors de confirmer ou d'infirmer leur présence. Sur les trois sorties nocturnes organisées, deux ont permis de déceler la présence de couples nicheurs.
"Les inventaires sont des outils pour évaluer dans quelle mesure la flore et la faune restent en état", explique Jean-Philippe Genest qui, la semaine précédente, était occupé à inventorier différentes espèces de grenouilles. La mission des parcs est double, elle consiste à la fois à assurer la conservation du milieu naturel dans son état et, en même temps, le rendre accessible au public. "C'est un jeu de balance", dit Jean-Philippe Genest.
Mais l'équilibre est fragile, d'autant plus que la fréquentation du parc augmente.
"Avec 600 000 visiteurs en 2006, on a fracassé le record d'affluence", mentionne Jean-Philippe Genest. Sans compter la pression exercée par le développement résidentiel et commercial qui entraîne la réduction des habitats naturels des différentes espèces animales. Comme pour bien d'autres oiseaux, pour nicher et se nourrir, les chouettes et les hiboux ont besoin d'espace. Plus ces oiseaux sont de grande taille, plus leurs aires territoriales sont étendues, occupant des superficies pouvant aller jusqu'à plusieurs kilomètres carrés.
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