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Six hommes rêvaient de visiter le Nord du Québec. Ils ont fait de ce rêve un moyen de défendre une cause : celle des rivières sauvages menacées de devenir une source d'hydroélectricité afin de répondre aux besoins insatiables en énergie des Québécois. Intitulé l'Odyssée d'Ungava, ce voyage au Nunavik de 33 jours a donné naissance au film documentaire Laisser couler le Nord.
Pour défendre la cause des rivières sauvages, les membres de l'Odyssée d'Ungava, David Gilbert, Pascal Lafrance, Yan Loiselle Blanchard, Jean-Claude Laroche, Michel Grégoire et Jean-Philippe L. Messier, 26 ans et originaire de Mont-Saint-Hilaire, ont accompli une expédition de 600 kilomètres de canot à travers le Nunavik. L'équipe a dû transporter plus de 400 kilos d'équipement, incluant le ravitaillement et le matériel cinématographique en plus des trois canots qui les ont conduits sur la rivière George, de Shefferville à Kangiqsualujjuaq, dans un décor à couper le souffle.
"Tout est gigantesque là-bas, raconte Jean-Philippe, coréalisateur, scénariste et photographe. Nous avons découvert un monde auquel on ne s'attendait pas. Nous avons été dépaysés, autant par les gens que par les paysages. Nous avons réalisé que nous connaissons mal notre Québec."
Alors qu'il pensait se retrouver seul au monde, le groupe a fait plusieurs rencontres inattendues dont des groupes de pêcheurs américains, asiatiques et européens venus à la rencontre du saumon. Ils ont également rencontré des Inuits et des autochtones. L'équipe a d'ailleurs vécu quatre jours dans un campement montagnais. "Ce séjour parmi les Innus a été le moment le plus fort de ma vie, confie le co-réalisateur. Ils ont tué un caribou que nous avons mangé durant ces quatre jours. C'est fabuleux de pouvoir faire un retour dans le temps comme cela."
Le voyage des six copains s'est déroulé sans pépins, s'étonne Jean-Philippe qui redoutait les mouches, dont on lui avait tant parlé, ainsi que la force des rapides qui ont un débit trois plus puissant que les rivières du sud du Québec.
Ce documentaire est une production autonome du scénario à la musique." Nous voulions relever ce défi. Cela nous permettait de garder l'essence de notre message, ce qui n'aurait pas été le cas avec une entreprise de production."
Depuis janvier, plus de 2000 personnes ont visionné le documentaire qui vise à conscientiser la population aux richesses des territoires nordiques et à présenter les enjeux de développement hydroélectrique qui en menacent l'intégrité écologique.
"Les gens sont surpris, souligne Jean-Philippe. Ceux qui viennent voir un film d'aventure y trouvent également matière à réflexion et vice-versa. Les gens font le lien entre leur consommation d'électricité et le sort des rivières, ce qui n'est pas évident. Nous avons la chance d'avoir cette ressource renouvelable, mais le problème est que nous en abusons, déplore-t-il. Les gestes à poser pour réduire notre consommation d'énergie sont pourtant simples. Tous se disent prêts à faire leur part, mais c'est moins évident lorsque les changements touchent le confort. Nous espérons néanmoins que notre film incitera les gens à changer leurs habitudes."
Laisser couler le Nord sera présenté au Centre de la nature du mont Saint-Hilaire en avril. Le groupe poursuivra sa tournée au moins jusqu'en janvier 2007. Un autre projet du même genre pourrait également voir le jour, a-t-on pu apprendre de Jean-Philippe. "Rien n'est décidé encore, mais chose certaine si nous repartons, notre voyage sera rattaché à une cause!"
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