31 juillet 2010
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Le Sainte-Catherinois Denis Gionet s’est servi de l’art photographique comme façon de mieux se connaître et de s’ouvrir aux autres. (Photo - Francis Higgins)

Denis Gionet, le photographe philosophe

Francis Higgins

Le Reflet - 29 mai 2004

Culture > Divers

Delson – Le Sainte-Catherinois Denis Gionet prend beaucoup plus que de jolis clichés. Il utilise la photographie comme moyen de sortir de sa coquille et s’ouvrir au monde.

Écouter l’homme de 46 ans parler de son art rappelle presque le discours d’un psychothérapeute. Adepte de l’art photographique, il a utilisé l’appareil photo pour vaincre la timidité et le manque d’estime de soi qui le minaient étant jeune.

Il s’est lancé en photographie en 1976. Trois ans plus tard, il a décidé de faire évaluer ses images par une spécialiste. Celle-ci lui a fait remarquer qu’il faisait souvent usage de lignes, comme des clôtures, des rails de chemin de fer, l’horizon, etc.

Étonné par cette découverte, il a constaté que son style correspondait peut-être, en termes artistiques, à une recherche de force, à un sentiment de raideur. Il ne lui en fallait pas plus pour comprendre que la photographie pourrait l’aider à gravir les échelons de son estime personnelle.

«La vie n’est pas que du hasard, le travail en photographie portera ses fruits, confie-t-il. Une des plus belles expressions de l’individualité est la pratique de l’art. Elle nous redonne respect de soi-même et dignité.»

Des lignes et des couleurs

Depuis, malgré quelques années de «retraite photographique», il a poursuivi sa quête d’identité et de beauté. Il a joint des associations de passionnés comme lui.

Son style a évolué graduellement. Il aime mettre en scène les couleurs primaires (rouge, bleu et jaune). Il a longtemps immortalisé des clôtures le long des champs, signe d’un besoin d’espace et de stabilité intérieure.

Il élargit maintenant sa palette en prenant davantage d’images de bâtiments, de vieilles granges surtout. Il a récemment photographié des vaches, chose qu’il n’avait jamais faite auparavant.

«L’image en elle-même est secondaire, dit-il. Ce qui est important est le processus de trouver ce qui est vrai. Ce procédé de vérité peut nous transformer. Il y a une récompense intérieure à ce geste.»

Aujourd’hui, M. Gionet respire mieux, de son propre aveu. Il s’ouvre aux autres d’une façon qu’il n’aurait osé imaginer il y a cinq ans à peine.

Il a même présenté de nombreuses conférences sur l’art photographique, en français et en anglais, aux amateurs comme aux professionnels. D’ailleurs, il a reçu une bourse de l’Association canadienne d’art photographique pour souligner ses travaux.

Il a publié deux articles dans les pages du magazine Canadian camera. Un troisième devrait paraître sous peu. Il tient également son propre site web où il offre ses images et sa vision de l’art.

Les personnes qui assistent à ses séminaires sont souvent surprises d’apprendre que M. Gionet est plutôt un homme de chiffres. Père de deux enfants, il travaille au service de la paie d’un hôpital montréalais depuis 28 ans. Il trouve dans la photographie une échappatoire à ce monde plus froid et terre-à-terre.

«Quand on se donne à son art avec intégrité,

il y a plus d’insécurité, on se rend vulnérable. Mais on en retire une vivacité, une sensibilité et une énergie. Quand je prends des photos, je me sens bien, tout simplement. Je le fais pour moi-même, pas pour les autres», dit-il.

Dix rouleaux de film par année

Toutefois, l’homme de 1,91 mètre ne fait pas d’excursion photographique aussi souvent qu’il le voudrait. En effet, il effectue environ cinq sorties et ne prend jamais plus de dix rouleaux de film par année.

M. Gionet tient actuellement sa première exposition. Les photos seront affichées jusqu’au 3 juillet.

D’ici là, le photographe philosophe continuera de vivre son art. Grand adepte des citations d’artistes célèbres, il garde toujours en tête l’écrivain Émile Zola qui a dit que l’artiste n’est rien sans son don, mais que le don n’est rien sans les efforts.


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