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Le téléphone de la salle des nouvelles a sonné la semaine dernière, comme il est coutume, mais l'histoire n'est pas banale. Bruno Courville appelle à la demande d'un ami, Roger Poirier, qui se trouve à l'hôpital Anna-Laberge.
L'homme de 72 ans a été admis pour cause d'un cancer aux poumons qui navigue furieusement d'un organe à l'autre. À l'hiver de sa vie, on lui prédit l'imminence des derniers jours de son ultime saison.
Est-ce pour discuter de cette vilaine maladie qui s'acharne qu'il a contacté Le Soleil ? Non. Ce n'est même pas pour parler de lui. Son fils, l'Adjudant Daniel Poirier, est militaire aux Forces armées canadiennes à la base de Kandahar Airfield, en Afghanistan, et grâce au Programme des Services aux Familles des Militaires (PSFM), il est revenu pour deux semaines.
M. Poirier souhaite partager son histoire afin d'illustrer l'envers de la médaille de la réalité des militaires. Alors que les familles des soldats déployés attendent habituellement dans l'angoisse perpétuelle de recevoir LE coup de téléphone redouté, voilà que c'est le soldat qui revient au chevet d'un être aimé.
En se dodelinant, le père évoque tous les bienfaits du système de support à la famille: du lieutenant Levy basé à St-Jean qui appelle régulièrement pour prendre des nouvelles, au processus de rapatriement de son fils, jusqu'à la manière dont les militaires sont traités. Rien que des bons mots à dire. Il n'aborde pas directement la question du retour de son propre fils, mais l'intensité qui ponctue son discours sur le programme de soutien familial transcende la puissance des mots. Son fils s'est rendu, c'est tout ce qui compte.
Il souhaite aborder le programme de soutien familial? Ainsi soit-il.
Entre autres, le PSFM publie des journaux des Forces; organise des conférences avant le déploiement des militaires pour la famille; met sur pied des journées thématiques où, sous forme de jeux, les sujets de l'anxiété et des traumatismes sont abordés pour les enfants. Le programme sert à assurer l'encadrement et le bien-être des familles des soldats déployés.
Chez les Poirier, outre l'encadrement des Forces armées, le soutien familial est incontestable. L'épouse de M. Poirier et leurs enfants se relaient au chevet. Le mariage d'une des filles ayant lieu durant la semaine du 26 juillet, M. Poirier fait de sa chambre d'hôpital la maison-mère des préparatifs. Il gère et organise l'événement. «Il a accepté son cancer et ses finalités», affirme son fils. «Je suis atteint d'une maladie fatale, je ne peux rien faire», renchérit M. Poirier, une lueur dans les yeux.
La fierté incontestable du père l'essouffle, et bien vite, l'entretien devient une lourde besogne. Dans un salon adjacent, le fils dresse un portrait du patriarche. Le diagnostic de la pathologie s'est fait il y a 18 mois. À son départ pour l'Afghanistan en avril dernier, le soldat connaissait l'état de santé de son père. Il a quitté, souhaitant que la maladie demeure stable, du moins jusqu'à son retour prévu pour décembre. Jusqu'au début du mois de juin, M. Poirier déambulait avec aisance sur les terrains de golf avec des copains. Depuis son admission à l'hôpital le 14 juillet, son état s'aggrave de jour en jour. Aujourd'hui, c'est une bonne journée.
Le militaire, qui fête sa 28e année au sein de l'armée, est technicien en approvisionnement. « J'ai une très belle carrière dans l'armée », affirme-t-il. Le deux août, l'Adjudant Poirier devra reprendre la route vers Kandahar. «Je suis déchiré à l'idée de partir. Je suis au chevet de l'homme qui m'a tout appris et je le vois à la fin de sa vie. Je suis simplement reconnaissant d'être venu ici pour le voir, plutôt que d'être arrivé trop tard. Je retourne à Kandahar, c'est mon devoir. Je sais que mon père est très fier de moi», conclut le soldat.
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