Le Soleil de Châteauguay - 31 janvier 2004
Opinions > Lettres des lecteurs
Deux semaines se sont écoulées depuis l'annonce par Sam Hamad, ministre des Ressources naturelles du Québec, de la construction de la centrale au gaz du Suroît. M. Hamad soutient que les émanations de la centrale n'auront pas d'impact significatif sur la population. Héritage Saint-Bernard ne partage pas cet avis.
En fait, M. Hamad répétait une des conclusions du Rapport d'enquête et d'audience publique du Bureau d'Audiences Publiques sur l'Environnement sur le projet de centrale à cycle combiné du Suroît (ci-après nommé RAPE). "Malgré l'apport inévitable de contaminants dans l'air ambiant, la commission est d'avis que la centrale à cycle combiné au gaz naturel d'Hydro-Québec n'aurait pas d'effet significatif sur la qualité de l'air et que la contribution de la centrale demeurerait très faible par rapport aux normes et aux critères du ministère de l'Environnement." (RAPE, p55, 1er paragraphe)
Nous ne contestons pas cette conclusion, l'addition annuelle de 240 tonnes d'oxydes d'azote, un des produits de combustion de la centrale et un des composés du smog, ne causera pas de dépassement aux normes environnementales. Cependant est-ce que le respect des normes environnementales nous assure qu'il n'y a pas d'impact significatif sur la population?
Pour répondre à cette question, citons des extraits d'études reliant la qualité de l'air et le taux de mortalité à Montréal. Ces études ont été menées par des chercheurs (Goldberg et associés) gouvernementaux et universitaires. Elles ont été déposées au Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) à Beauharnois par Héritage Saint-Bernard (documents DB37 1,2).
"We found evidence of associations between daily nonaccidental deaths and most measures of particulate air pollution.
...This study therefore provides further evidence that the association is linear and than any threshold effect, should it exist, would be found at lower levels of air pollution than those found in Montréal." (DB37 1, page 12)
Cela veut dire qu'à Montréal, il y a une relation quotidienne directe entre le nombre de morts non accidentelles et la valeur de la pollution de l'air, peu importe où l'on se situe dans l'échelle de pollution.
"Numerous studies from around the world have shown associations between daily nonaccidental mortality and ambient air particles.... A striking aspect of these associations is that levels of the pollutants are within limits set by most national ambient air quality standards." (DB37 2, page 27)
Selon les auteurs, Montréal n'est pas différente des autres villes du monde. On arrive à des résultats semblables dans des villes plus (par exemple Paris, Los Angeles) ou moins (par exemple Lyon, Salt Lake City) polluées. Cette relation est valide, même si l'on se retrouve à un niveau de pollution de l'air en deçà des valeurs des normes nationales.
Dans une autre étude déposée au BAPE à Beauharnois, le Dr Claude Prévost, de la Régie régionale et des services sociaux, indiquait qu'en Montérégie "l'état de santé de la population du CLSC de Beauharnois figurait dans les quatre derniers rangs pour la majorité des déterminants qui concernent les comportements et les facteurs de risque qui ont une incidence sur la santé (document déposé DB40)." (RAPE, p63, 2e paragraphe) En d'autres mots, le pire bilan de santé en Montérégie.
Nous relions cet état de santé au fait d'avoir vécu au cours des cinquante dernières années à l'ombre des cheminées d'une zone industrielle parmi les plus polluantes de la province.
La centrale du Suroît ne provoquera pas de catastrophe écologique. Aux États-Unis, des dizaines sont déjà en opération et plusieurs dizaines d'autres sont sur les tables à dessin. Elles offrent des avantages au plan environnemental, si on les compare aux centrales au mazout ou au nucléaire. Ici, l'abondance de ressources hydroélectriques et d'autres secondes options, dont plusieurs ont déjà parlé, nous évite de taxer l'environnement.
Le prix à payer pour les gaz à effets de serre émis par la combustion des carburants fossiles est une facture globale que la planète se partagera avec les changements climatiques. Le prix à payer pour la pollution de l'air causée par la centrale du Suroît sera assumé localement. Nous croyons que la population de Beauharnois a déjà donné à ce chapitre.
M. Hamad, laissez la parole à vos collègues du ministère de la Santé ou de l'Environnement. Nous ne demandons qu'à être rassurés sur la qualité de l'air une fois la centrale en marche. Entre temps, rappelez-nous pourquoi seul vous, le ministre des Ressources naturelles du Québec, nous vantez un projet qui brûlera du gaz de l'Alberta dans une turbine conçue, développée et construite par General Electric, une compagnie américaine.
Héritage Saint-Bernard
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