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SAINT-PHILIPPE – Lucille Cyr étaient enceinte de jumelles en 1974, mais elle n'en a jamais vu qu'une seule. Où est passée l'autre?
Enlèvement de nouveau-né? Mort à la naissance? Dossier mal tenu? Erreur médicale? Toutes ces questions trottent dans la tête de la mère, de son mari ainsi que dans celles de leurs filles, dont la jumelle Stéphanie.
Des éléments intrigants dans les dossiers médicaux du bébé et de la maman de Saint-Philippe alimentent leurs doutes envers la première hypothèse, mais il y a loin de la coupe aux lèvres. Un enquêteur de la police de Montréal se penche sur cette affaire depuis cet hiver, et il n'a déposé aucune accusation jusqu’à maintenant.
L’affaire débute en 1974. Mme Cyr, 25 ans, entre à l'Hôpital général de Montréal pour accoucher le soir du 29 août. Les médecins l'auscultent : deux cœurs battent dans son ventre, indique un rapport. Les battements et la pression sont prélevés à quelques reprises pendant le travail. La position des fœtus est aussi notée, de même que leurs signes vitaux.
«Le placenta pesait 930 grammes, ce qui est impossible pour un seul bébé à moins qu’il pèse 12 lb», explique Stéphanie qui faisait osciller la balance à 8 lb en venant au monde.
Autre signe que deux bébés devaient naître : le personnel médical avait amené deux petits lits dans la salle d’accouchement.
Stéphanie serait née à 23 h 18, mais un autre document fait état de 23 h 28 (voir l'encadré).
Quant à l’autre bébé, il n’aurait jamais existé. «Deux ou trois minutes après que le premier soit sorti, une infirmière m’a dit qu’il n’y en avait pas d’autre, raconte son époux, Robert Cyr. Elle m’a dit c’est une môle (malformation de chair) et m’a demandé de sortir de la salle sur un ton ferme. J’ai obéi.»
Pour sa part, son épouse n’a pas vu grand-chose puisqu’un grand drap lui cachait la vue. «Il n’y avait pas non plus de miroir», dit celle qui était épuisée par cet accouchement naturel avec péridurale.
Le couple n’a jamais vu d’autre bébé par la suite ni un embryon ou le placenta. Au bout de cinq jours d’hospitalisation et sans avoir eu aucune explication ni résultat d’autopsie ou d’aide psychologique, les parents sont rentrés à la maison avec leur fille, préférant oublier le deuxième bébé.
À l’adolescence, Stéphanie a su qu’elle a failli avoir une sœur jumelle identique. En 2005, elle a voulu en savoir plus.
«C’est là que tout a commencé», dit celle qui a demandé son dossier médical aux archives de l’Hôpital général de Montréal à sept reprises avant de l’obtenir enfin. On lui envoyait entre-temps le dossier de sa mère, lequel comptait parfois quatre ou 14 pages selon les cas.
Dans la longue version, elle apprend qu’un bébé se présentait mal, que des petits forceps ont été utilisés. De plus, une page réfère à un bébé d'une madame Doyle. Cette dame aurait accouchée le 28 ou le 29 août au même endroit.
Dans l’espoir que celle-ci puisse les aider à éclaircir ce mystère, elle aimerait entrer en contact avec elle. Mme Doyle aurait été l’épouse d’un homme du même nom qui aurait travaillé au Canadien National en 1974. L’homme pourrait être décédé au Centre hospitalier Anna-Laberge à Châteauguay il y a quelques années. Pour joindre Stéphanie Cyr par courriel à lajumelleperdue@yahoo.ca. n
La dossier médical de Stéphanie Cyr contient une note mentionnant qu’un double fichier existait pour cette patiente et qu’il a été détruit.
Le rapport de pathologie ne rapporte rien au sujet d’un embryon, d’une môle ou d’un bébé mort-né.
Un poupon est sorti de l’hôpital un jour après la mère. «Pourtant, je suis sortie en même temps que ma mère, indique Stéphanie. Qui est sorti le lendemain?»
Sur le dossier médical de Stéphanie, il est mentionné que le placenta est sorti «spontanément» à 23 h 32. Or, sur celui de sa mère, il est rapporté qu’il a été retiré «manuellement» à 23 h 52.
Un transfert par ambulance aurait été demandé à l’Hôpital de Montréal pour enfants trois heures après l’accouchement, alors que Stéphanie n’aurait pas quitté l’hôpital où elle est née.
Des médecins ou des infirmières que le Collège des médecins et l’Ordre des infirmières du Québec ne connaissent pas auraient signé des documents.
Deux unités de sang auraient été nécessaires après l'accouchement, mais ni Mme Cyr ni son bébé n’en auraient eu besoin.
Stéphanie serait née après 38 semaines de grossesse, alors que le dossier de sa mère indique 39 semaines. Mauvaise transcription? (HG)
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